
CHAPITRE 1: 1331.
EPISODE 4.
-COMMENT A-T-U OSE?!! cria Eric en dévisageant Geoffroy qui semblait se liquéfier sur place.
Il l'avait amené dans son cabinet de travail, une petite pièce circulaire attenante à la salle du conseil.
-COMMENT A-T-U OSE FAIRE CELA A TON FRERE?!!
-Je ne l'ai pas fait exprés, père, j'avais oublié que c'était ce jourd'hui que...
-D'OU SOTRS-TU?! SUR MA PAROLE D'UNE MARE AUX COCHONS OU QUOI?!
-Tu ne crois pas si bien dire, en fait j'étais...
-TU TE RENDS COMPTE, J'ESPERE, DE L'HUMILIATION POUR GUILLAUME, POUR ALICE, POUR TA MERE ET POUR MOI?!!
-Je te deman...
-DEVANT TOUTE LA COUR! QUAND CERTAINS N'ATTENDENT QUE CELA POUR NOUS TOURNER EN DERISION!!!
-Je ferais n'importe qu...
-COMMENT SERAIS-JE PRIS AU SERIEUX QUAND MON PROPRE FILS ME TOURNE EN RIDICULE? TU PEUX ME LE DIRE?!
-C'est...
-QUELLE HONTE! INCROYABLE! MON PROPRE FILS! JE NE SAIS CE QUI ME RETIENT! ET TA MERE? TU AS PENSE A TA MERE?!
-Je suis dé...
-SILENCE! J'EN AI ASSEZ DE TES EXCUSES!!!
Geoffroy resta bouche bée, comment son père pouvait-il en avoir assez de ses excuses alors qu'il ne l'avait pas laissé finir une seule de ses phases? Il décida avec raison que ce n'était pas le moment de contredire Sa Majesté. Il se tut et attendit la sentence.
-DE PLUS, TU PUES!!!
Eric fit une grimace comme si on lui avait demandé de nettoyer les latrines (les toilettes du château) à mains nues.
-Fort bien, reprit-il plus posément, si c'est ce que tu aimes, tu resteras dans cet état tout le jour. Je t'interdis de te changer avant le banquet de ce soir, j'ai dit! Maintenant que tout le monde t'a vu de toute façon, cela n'a plus d'importance!
-Père, je...
-Il suffit! Va-t'en et laisse la porte ouverte, il faut aérer la pièce à présent.
Le roi s'assit dans son fauteuil, il avait l'air trés las tout à coup.
Aprés la cérémonie, Enguerrand s'approcha de la reine.
-Votre Majesté, veuillez pardonner ce qui vient d'arriver. Je n'aurais jamais dû ramener le prince Geoffroy dans cet état.
-Non, chevalier, au contraire, vous avez bien fait. Que cela lui serve de leçon une bonne fois pour toutes! Mais j'en doute. Mon dieu! qu'allons-nous faire de cet enfant?!
-Il ne faut point desespérer, Votre Majesté, le prince Geoffroy accomplira un jour des merveilles, vous verrez.
-Le ciel vous entende!
-Je reconnais qu'il est parfois immature et insouciant, mais aprés tout n'est-ce pas de son âge?
-Il est fils de roi, ce n'est pas un garçon comme les autres. Prenez Guillaume, son frère aîné, lui ne se permettrait jamais de nous ridiculiser ou de partir n'importe où avec n'importe qui. Il ne quitte jamais Verswest sans nous avertir.
-Vos enfants possédent chacun des caractères bien différents, Votre Majesté. Guillaume est sérieux et travailleur, Alice est rêveuse et romantique et Geoffroy est...
-Paresseux et farceur! l'interrompit la reine.
Enguerrand sourit.
-J'allais dire dégourdi et spontané, Votre Majesté.
-Chevalier Enguerrand, vous que Geoffroy admire tant, ne pourriez-vous essayer de lui mettre un peu de plomb dans la tête?
-Votre Majesté, je ne demande qu'à essayer, cependant, en plus de ma charge de capitaine d'ordonnace, je dois désormais former le prince Guillaume au métier de chevalier. Aussi, il ne me restera que peu de temps pour...
-Oh, ce n'est point un ordre! s'empressa de dire la reine. C'est une demande, que dis-je? Une prière. Voyez-vous, je suis au désespoir.
Elle prit un air si implorant qu'Enguerrand n'eut pas le courage de protester.
-Dés que j'en aurai l'opportunité, Votre Majesté, je vous promets d'essayer.
Oh grand merci, chevalier! Vous savez, moi il ne m'écoute en rien et son père a tellement de travail.
Enguerrand aurait bien voulu répondre: "Et moi alors?!", mais il ne dit mot. Seulement, il se demanda soudain si Geoffroy ne tenait pas son insouciance de sa mère. Néanmoins, il était ravi de la confiance que lui témoignait la reine. Il aimait beaucoup la famille royale et avait une préférence pour Geoffroy, peut-être parce qu'il lui rappelait un autre garçon. Lui aussi, trente ans plus tôt, faisait le désepoir de ses parents, mais la vie n'attend pas. Elle vous entraîne, elle vous malmène parfois en vous jouant de mauvais tours...peut-être pour vous mettre un peu de plomb dans la tête.
Quand Geoffroy sortit du cabinte de son père (en laissant la porte ouverte), il ne savait pas où aller. Partout, les gens se moqueraient de lui. Il avança le long du couloir quand soudain, face à lui, arriva Yann d'Escampette son cousin, le fils unique de Diane la soeur du roi. Agé lui aussi de douze ans, il était de la mème taille que Geoffroy. Yann était le plus beau garçon de la cour, avec son visage d'ange, ses cheveux blonds coupés au bol jusqu'aux épaules et ses magnifiques yeux bleux comme la mer.
Geoffroy et Yann ne s'appéciaient guère, pour tout dire, ils étaient rivaux en tout.
A suivre...
Francheterre 1331 Mortus Lentus. ABM Editions. ISBN: 978.2.35152.090.1.
CHAPITRE 1: 1331.
EPISODE 5.
Le prince sentit son estomac se contracter. Rencontrer son cousin dans ces circonstances, ne présageait rien de bon. D'autant plus, qu'il était accompagné de son meilleur ami Raoul de Beaujeu, le fils du connétable, et de quelques autres enfants de la cour qui semblaient former la petite cour personnelle de messire le comte d'Escampette; Yann avait hérité de ce titre depuis la mort de son père, Roland d'Escampette.
-Tiens! dit-il en voyant Geoffroy. On laisse entrer les mendiants dans Verswest maintenant! puis se rapprochant: autant pour moi, c'est notre bien aimé prince Geoffroy!
-Tais-toi, Yann! ordonna le prince.
Le jeune comte renifla le nez en l'air.
-Y aurait-il des rats morts dans le coin?
Les autres enfants avaient envie de rire, mais Geoffroy était le fils du roi, alors ils se contentèrent de pouffer. Yann, lui, vu sa position ne se gênait pas et continua à provoquer Geoffroy.
-A ta place j'aurais grande honte de me promener ainsi. Pourquoi ne vas-tu pas te changer? Tu n'es pas gêné? Quand je pense à ta famille, à NOTRE famille!
Il avait appuyé sur le "notre" pour bien préciser qu'il appartenait, lui aussi, à la famille royale.
-Je t'ai dit de la fermer, menaça Geoffroy.
-Je suppose que chaque famille posséde sa brebis galeuse, mais Dieu que c'est embarrassant!
-Tu veux mon poing sur ta belle gue...
-Votre Altesse! appela une voix derrière Geoffroy.
C'était Fanchette, une servante de la famille royale.
-Votre Altesse je vous ai cherché partout, pourquoi n'êtes-vous pas venu vous changer?
Geoffroy se sentit rougir. Avouer devant Yann qu'il était puni et qu'il devait rester comme ça toute la journée, c'était tendre le baton pour se faire battre! Pourquoi avait-il fallu que Fanchette arrive à ce moment précis?
-J'ai...j'ai décidé que je resterai dans ce habits sales, dit-il bravement.
Il mentait, mais il ne voulait pas donner satisfaction à son cousin.
-Mais vous n'y pensez point! s'indigna Fanchette. Que diront vos parents?!
-Peu m'importe! Laissez-moi à présent.
Fanchette s'en retourna en marmonnant: "Jamais vu cela...! Que dira Sa Majesté la reine...? Tant pis pour lui...L'aura voulu...!"
-Tu ne vas pas rester vêtu ainsi? demanda Yann.
-Tu veux parier?! rétorqua Geoffroy tout content de sa trouvaille.
-Ta mère va t'attraper.
-Je te parie que je reste tel quel, disons...jusqu'à ce soir avant le banquet.
-Menterie! et que veux-tu parier? le défia Yann.
-Si je gagne, tu m'appelleras Votre Grancdeur Sérénissime et tu me vouvoieras pendant deux jours.
Yann décocha un regard malin à ses amis.
-D'accord, dit-il, et si tu perds on fera le contraire.
-D'accord.
-Eh bien, à plus tard, Votre...PUANTEUR SERENISSIME! lança Yann en s'éloignant.
Il riait avec ses copains, persuadé que le prince se ferait attraper avant le soir. Quant à Geoffroy, il se félicitait d'avoir eu cette idée. "Jamais un pari n'a été gagné aussi facilement!" se dit-il.
Le journée se déroula ainsi. Geoffroy s'arrangea pour ne pas aller dans la grande salle pour déjeuner, il mangea dans les cuisines, "Y'a quelque chose qui est en train de pourrir ici?" s'étonna un marmiton.
Il se montra plusieurs fois dans l'aprés-midi devant Yann et ses amis. Yann, qui riait et se moquait de lui au début, perdit son sourire arroguant au fil des heures. Il n'en revenait pas que personne, dans l'entourage du prince, ne l'envoie se changer.
Le soir venu, avant le banquet, Geoffroy se présenta une dernière fois devant son cousin et sa clique.
-Bon et bien, je crois que j'ai gagné le pari, dit-il avec un grand sourire.
-Le soir n'est point passé, fit Yann en essayant de ne pas perdre la face.
-On a dit: jusqu'au soir avant le banquet. Aller! avoue ta défaite que j'aille m'habiller proprement pour manger.
Yann chercha quelque chose à dire, mais il savait que Geoffroy avait raison, les autres étaient témoins et auraient peur d'affirmer le contraire.
-D'accord, d'accord, tu as gagné, là, tu es content?!
-Vous avez gagné Votre Grandeur Sérénissime, le reprit Geoffroy.
Yann commençait à s'ennerver, il serrait les mâchoires, mais que pouvait-il faire devant tout le monde?
-Geoffroy! Tu peux aller te changer maintenant. Père t'a dit de garder ces vêtements seulement jusqu'au dîner.
Alice, la petite soeur du prince venait de faire son apparition.
Elle avait dit cela en pensant que son frère serait soulagé. Geoffroy de son côté essaya discrètement de lui faire des signes du genre: "NON! pas maintenant, tais-toi!", mais Alice était tellement contente de l'aider qu'elle n'y fit pas attention. Yann, quant à lui, retrouva tout à coup sa morgue habituelle.
-Alors comme cela, c'était un odre de Sa Majesté mon oncle de rester ainsi? Je comprends mieux à présnet! C'était une punition! Je suis désolé, Geoffroy-le-tricheur, mais le pari est annulé...et tu ne perds rien pour attendre Ta Puanteur Sérénissime! ajouta-t-il d'un ton méchant.
Il passa devant Geoffroy en le bousculant de son épaule et se dirigea vers la grande salle toujours escorté de sa petite suite.
Le prince resta seul avec la princesse.
-Oh, Alice! se lamenta-t-il, pourquoi as-t- dit cela?!
-Je voulais d'aider, se défendit la fillette.
-En faisant annuler le pari?
-Quel pari?
-Laisse choir, dit Geoffroy en s'éloignant vers les escaliers.
Il était dégoûté. Alice ne comprit pas son attitude. D'au air vexé, elle repoussa ses longs cheveux noirs en arrière et dit tout haut, bien que Geoffroy ne soit plus là pour l'entendre:
-Vertubleu! La prochaine fois, tu te débrouilleras sans moi!
Fin du premier chapitre.
Francheterre 1331 Mortus Lentus. ABM Editions. ISBN: 978.2.35152.090.1.
CHAPITRE 2: PANACHE
EPISODE 6
Les jours suivants, Yann ne décolèrait pas du tour que lui avait joué Geoffroy. Bien que le pari avait été annulé, il lui en voulait de l'avoir fait marcher pendant une journée entière et attendait une occasion de se venger.
Depuis quatre ans qu'il vivait au château de son oncle, Yann était devenu l'ennemi de Geoffroy. Auparavant, il vivait dans le château de la famille d'Escampette, avec ses parents dont il était le fils unique. Il aimait s'y pavaner en se prenant pour le grand maître des lieux. Cependant, alors qu'il n'avait que huit ans, un malheur arriva. Au cours d'une chasse, son père, le comte Roland d'Escampette, fit une chute de cheval qui le tua sur le coup. Yann hérita de sa fortune, des terres d'Escampette, du château et du titre de comte, mais il était bien trop jeune pour s'occuper d'un si grand domaine. Sa mère, la princesse Diane, ne voulant pas rester isolée à Escampette, nomma un régisseur pour s'occuper des biens de Yann et revint vivre avec lui à Verwest qu'elle avait quitté dix-sept ans plus tôt lorsque son frère avait épousé Rose.
Elle avait alors vingt-cinq ans et pensa qu'il était grand temps pour elle de se marier aussi. Elle épousa le comte Roland d'Escampette, une des plus grosse fortune du royaume. Eric lui demanda, ainsi qu'à son beau-frère de demeurer prés de lui à Verswest, mais Diane pensait avec raison qu'une seule femme, c'était largement suffisant pour "régner" sur le coeur d'un roi. Avant Rose, c'était Diane qui conseillait Eric. Bien qu'elle fut son aînée de deux ans, elle n'était pas monté sur le trône à la mort d'Eric 1er, car la loi écartait les femmes de la succession. C'est cette même loi qui fit de Yann l'héritier de son père avant sa mère.
Yann, à douze ans, était donc déjà comte depuis quatre ans, mais un comte était d'un rang inférieur à un prince et ça, Yann ne le pardonnait pas à Geoffroy. Il jalousait son cousin parce qu'il avait un père, un frère, une soeur et qu'il était prince, comme ça, juste de par sa naissance, alors que pour lui, il avait fallu la disparition tragique de son père pour qu'il devienne comte. Si seulement sa mère était devenue reine, c'est lui qui serait l'héritier du trône et, par conséquent, il n'aimait pas plus Guillaume. Néanmoins, Guillaume avait quatorze ans, il n'entrait pas dans le jeu de Yann.
Les enfants de la cour n'allaient pas en classe avec ceux du village. A l'intérieur du château, deux salles avaient été aménagées pour eux, dans lesquelles ils étaient répartis suivant leurs âges. Entre sept et neuf ans, ils suivaient les cours de dame Jeanne de Winter puis à dix ans, ils intégraient la classe du duc Géraud de Bajoie jusqu'à treize ans. A quatorze ans, les garçons étaient nommés écuyer et quittaient l'école pour apprendre la chevalerie, les filles étaient destinées au mariage.
Si une damoiselle ou un demoiseau voulait poursuivre des études au-delà de quotorze ans, il devait quitter Verswest et s'inscrire dans l'une des grandes écoles des villes ou entrer au séminaire.
Pour l'heure, Geoffroy et ses camarades bûchaient sur des exercices de mathématiques. Le maître Géraud de Bajoie était sévère et ne tolérait pas le moindre chahut dans sa classe. Il était long et maigre avec les joues creuses et des cheveux noirs coupés trés, trés court. Il portait un habit noir et austère et un chapeau incroyablement plissé qu'il suspendait à un clou prés de la porte pendant les cours. Ses petits yeux inquisiteurs cherchaient sans cesse l'élève qui aurait l'audace de pertuber son cours...Malheur au dit élève, il était sûr qu'un rapport serait immédiatement transmis à ses parents.
Geoffroy se pencha sur son parchemin et lut:
_Premier problème: Un paysan doit labourer son champ qui mesure 2456 toises, 3 coudées, 2 pieds et 3 empans au carré. Combien de temps mettra le paysan pour labourer son champ sachant qu'il travail 14 heures par jour, qu'il laboure 67 toises et 1 palme au carré par demi-jour et qu'une pluie l'a forcé à s'arrêter pendant deux jours?
Bien qu'il se concentrât de toutes ses forces, Geoffroy dut se rendre à l'évidence: le duc de Bajoie avait été mis sur terre dans le seul but de torturer les enfants! Comment espèrait-il que quelqu'un puisse un jour résoudre ce problème? Le prince passa au suivant:
_Deuxième problème: Un homme tombe dans une oubliette à 10 heures 38 minutes le mardi 14 juillet. Il a besoin de 6 tonneaux d'air respirable par heure. Si quelqu'un de mal intentionné bouche l'ouverture de ladite oubliette qui a pour dimensions 14 toises de profondeur sur 2 toises et 1 coudée de diamètre, à quelle heure précise l'homme sera-t-il mort?
Geoffroy resta bouche bée, les sourcils levés, non mais vraiment, "Rabajoie", comme il surnommait son maître, n'avait plus toute sa tête!...Une oubliette de quatorze toises, ça n'existe pas!
A suivre...
Francheterre 1331 Mortus Lentus. ABM Editions. INSB: 978-2-35152-090-1.
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