
CHAPITRE 2: PANACHE.
EPISODE 7.
Geoffroy balaya la salle du regard pour voir où les autres en étaient. Alice , qui avait des exercices différents adaptés à son âge, noircissait sa copie de calculs; Yann qui était aussi perdu que lui, faisait semblant de trouver les problèmes trés faciles; Raoul de Beaujeu était tout rouge et paraissait mourir de chaud. Comme son père, il était petit et rondouillard. Il avait copié la coupe de cheveux de Yann, mais sur lui ça faisait un drôle d'effet, on aurait dit qu'il portait un casque marron sur la tête.
Thibault de Chitaillon, lui, regardait Geoffroy en gonflant les joues, les yeux écarquillés du genre: "alors là!". Lui aussi avait douze ans et était l'ami du prince. Blond avec l'air de quelqu'un entré dans un corps trop grand pour lui, il était le fils de Gilles de Chitaillon grand écuyer du roi.
-Geoffroy Tuveil, dit le duc de Bajoie, ce n'est point sur les parchemins de vos camarades qu'il faut chercher des réponses.
Il l'avait appelé par son seul nom, sans titre de noblesse, pour bien marquer le fait qu'à ses yeux, le rang de chacun n'avait aucune importance dans sa classe. Il faisait de même avec Alice et Yann.
-Je ne copiais pas, rétorqua Geoffroy qui trouvait injuste que son précepteur puisse le soupçonner.
-Oui, on dit cela, on dit cela...fit le duc.
-Je n'ai pas habitude de tricherie! répondit Geoffroy.
-Tu parles! s'exclama Yann tout bas.
-Veuillez, s'il vous plait, vous concentrer sur votre devoir, commença à s'énerver le duc.
-Mais je ne trichais pas, insista Geoffroy.
Les autres élèves avaient cessé d'écrire, ils regardaient la scène, ravis du divertissement, sauf Alice qui était inquiète.
-Bien! dit le duc en se plantant devant Geoffroy les mains dans le dos et en se balançant légèrement d'avant en arrière, je vois que vous avez décidé de faire votre mauvaise tête. Sachez, messire, qu'il est hors de question que je vous laisse faire une seule seconde.
-Je ne fais point ma mauvaise tête, je rectifie une erreur, vous avez cru que je trichais alors que pas du tout.
-INSUBORDINATION! cria le duc un index en l'air. Je vous préviens, messire, que dans ma classe, votre titre ne vous met point au dessus des autres. j'en parlerai à Sa Majesté la reine, soyez-en sûr!
Geoffroy voulut répondre, mais midi sonna au clocher de Mouche-sur-Frometon. Le maître tapa dans ses mains.
-La classe est finie, nous reprendrons cet aprés-midi à une heure.
Les élèves se levèrent pour aller manger, en passant devant Geoffroy, Yann lui dit:
-Sauvé par le gong!
Le prince était si en colère qu'il ne l'entendit même pas.
Ce jour-là, comme souvent, les personnes présentes au déjeuner dans la grande salle étaient peu nombreuses. Les autres travaillaient ou étaient hors du château. Le roi avait décidé de déjeuner en tête-à-tête avec la reine dans ses appartements privés. Il s'avérait inutile de respecter l'ordre dans lequel chacun prenant place à table. Il aurait été ridicule de s'asseoir à six coudées les uns des autres, les enfants s'instalèrent donc ensemble à la même table.
A l'autre table, la princesse Diane conversait avec ses dames de compagnie, dame Claire de Estfolk et dame Agnés de Rocapic. Les courtisans étaient toujours flattés quand un membre de la famille royale leur parlait, si bien qu'au fur et à mesure qu'ils entraient dans la grande salle, ils se dirigeaient vers la soeur du roi. Elle pouvait alors se prendre pour la reine, étant, en l'absence d'Eric, de Rose et de Guillaume, la personne la plus importante de la cour. Alice et Geoffroy, eux aussi, étaient princesse et prince, mais à dix et douze ans on ne les prenait pas au serieux.
Des pages apportèrent les plats et les enfants commencèrent à manger.
-Quelqu'un peut-il me dire ce qu'il y a d'intéressant dans les cours de Rabajoie? demanda Geoffroy à ses camarades.
-On apprend un tas de choses, répondit Thibault la bouche pleine de poulet rôti.
-Quoi par exemple?
Lire, écrire, compter...
-Cela, on l'a déjà appris avec dame Jeanne, fit remarquer le prince.
-Il y a aussi l'histoire, la géographie et les sciences, ajouta Benoît de Chantepleure, un garçon de treize ans dont le père chevalier, travaillait sous les ordres d'Enguerrand de Beauregard.
Geoffroy en se servant du sanglier en marinade se mit à énumérer:
-Et d'une, les livres d'histoires c'est plein de gens qui sont morts, et de deux, la géographie m'ennuie, et de trois, pour les sciences, je préfére Diafoirus, il est plus comique!
-Ce vieux fou, il rate toujours ses expériences, se moqua Justine de Beaujeu une fillette blonde et fluette de dix ans qui était la soeur de Raoul et l'amie d'Alice.
-C'est justement la chose qui est comique! répondit Geoffroy. Rabajoie, il est tellement ennuyeux, aucun intérêt si vous voulez mon avis!
-Comment veux-tu apprendre quelque chose se celui qui doit te l'enseigner rate tout systématiquement? demanda Alice avec une certaine logique.
-Et comment veux-tu que j'aprenne quoi que ce soit si je m'endors pendant qu'on me l'enseigne? rétorqua Geoffroy avec, dans son esprit, la même logique.
-Tu n'as pas besoin de dormir en classe! assena la princesse.
-Hmmm...soupira Geoffroy, vivement que j'aie quatorze ans et que je devienne écuyer. J'aprendrai à être un vrai chevalier comme Enguerrand de Beauregard. Il m'apprendra à me battre et il m'entraînera pour les tournois.
-Alors, te battre et te pavaner devant la cour, c'est tout ce qui t'inéresse? demanda Alice un peu énervée.
-Tu dis cela, répondit son frère, mais pendant les tournois, toi tu minaudes!
Le prince ferma ses poings sous son menton et levant les yeux au ciel, il prit une voix aiguë et pria:
-Oh, quand un beau chevalier me choisira-t-il pour être sa dame...?
Les autres enfants autour qui écoutaient se mirent à rire. Alice rougit. Comme toutes les filles, elle rêvait au prince charmant et ses frères se moquaient souvent d'elle. Elle en avait l'habitude et savait se défendre. Elle fit face à Geoffroy.
-Sois patient, toi aussi tu pourras te transformer en un beau chevalier un jour...si une princesse accepte de t'embrasser sur ta bouche de crapaud!!
-INSUBORDINATION!!! cria Geoffroy en imitant cette fois-ci le duc de Bajoie. Sachez que votre titre ne vous place pas au dessus des autres, j'en parlerai à Sa Majesté la reine, soyez-en sûr!
Alice, qui n'était pas rancunière, se mit à rire avec les autres.
-En tout cas, pour être chevalier, il faut LE cheval, fit Yann.
Francheterre 1331 Mortus lentus. ISBN: 978-2-35152-090-1.
CHAPITRE 2: PANACHE.
EPISODE 8
-Et alors? répliqua Geoffroy. Les écuries de mon père sont pleines de chevaux, je n'aurai que l'embarra du choix.
-Oui, si tu te contentes d'un canasson. Ton père et ton frère choisiront en premier. Quand ils auront pris les meilleurs chevaux, il ne te restera plus que les vieux et les faibles.
-Que veux-tu dire? commença à s'énerver le prince.
-Je veux dire, dit Yann méprisant, que ta mère s'arrangera pour que son petit Geoffroy ne risque pas de se rompre les os en tombant, alors forcément, elle ne voudra point que tu aies un destrier de champion. Tu auras un canasson, je te dis!
-MENSONGES!!! cria Geoffroy. Il s'était levé d'un coup, les poings serrés. JE PEUX MONTER N'IMPORTE QUEL CHEVAL...N'IMPORTE LEQUEL!!!
-Même Panache? demanda Yann qui était resté trés calme.
Son léger sourire semblait défier Geoffroy. Les enfants avaient tous cessé de parler et regardaient maintenant les deux cousins en se demandant jusqu'où cette discussion allait les amener. Alice commença à s'alarmer.
-Pour ta gouverne, répondit Geoffroy en se rasseyant, je te signal que j'ai déjà monté Panache.
-Quand?
-Le jour des quatorze ans de mon frère, quand le chevalier Enguerrand m'a ramené de la ferme de La Jacasse.
Yann eu l'air satisfait.
-Oh! mais tu es monté en croupe, derrière le chevalier, alors la chose ne compte pas!
Il avait raison, Geoffroy n'était pas monté tout seul sur Panache, cela faisait une grande différence.
-Tout le monde sait que seul le chevalier Enguerrand peut monter Panache, intervint Alice en espérant que la conversation s'arrête là. Il n'accepte que son maître sur son dos.
C'était vrai, Panache était un cheval trés spécial, personne mis à part Enguerrand ne pouvait le monter. S'il avait accepté Geoffroy ce jour-là, c'était uniquement parce qu'il accompagnait son maître. Panache était célèbre dans tout le royaume. Pendant les tournois, des chevaliers venus d'autres régions et même d'autres pays, venaient défier Enguerrand en lui pariant qu'ils pourraient dompter Panache. Le capitaine de la garde avait l'habitude de ces défis et, c'est sûr de lui, qu'il laissait Panache avec les intrépides cavaliers. Rares étaient ceux qui arrivaient à mettre ne serait-ce qu'un pied dans un étrier! et quand, par hasard l'un d'eux parvenait à s'asseoir sur la selle, son triomphe était de courte durée. En une ruade, Panche l'envoyait faire un vol plané de vingt coudées. C'était toujours un spectacle comique pour la cour, mais il s'agissait de chevaliers aguerris, des hommes adultes habitués aux tournois et aux chutes. Enguerrand n'aurait jamais laissé un jeune garçon essayer de monter son cheval, c'était beaucoup trop dangereux. Seulement voilà, Geoffroy ne voulait pas perdre la face devant les enfants de la cour.
-Je demanderai au chevalier Enguerrand de me prêter Panache et tu verras, dit-il à Yann d'une voix mal assurée.
-Tu sais trés bien que Beauregard refusera, rétorqua celui-ci. Tu ne seras jamais capable de monter un destrier comme Panache.
-JE TE DIS QUE SI!!!
-JE TE DIS QUE NON!!!
Geoffroy n'avait plus le choix, soit il avouait qu'il avait peur, soit il montait Panache en cachette.
-Fort bien, dit-il. Ce soir, pendant que tout le monde sea à la veillés, rendez-vous devant les écuries à neuf heures trente et on verra ce qu'on verra.
-D'accord, dit Yann qui savourait déjà sa petite victoire. On y sera...et pas un mot aux adultes.
Son regard balaya la tablée pour voir si les autres tiendraient leurs langues, il s'arrêta sur Alice.
-Si tu parles, menaça-t-il, aucun de nous ne t'adressera plus la parole.
-Je n'ai point l'intention de rapporter, s'indigna la princesse qui avait les larmes aux yeux, mais vous êtes complètement fous!
Elle se leva et partit en courant.
-A neuf heure trente devant les écuries, répéta Yann en défiant Geoffroy.
-La prochaine fois que tu parles comme cela à ma soeur, je te casse la figure, dit Geoffroy en regadant du côté de la princesse Diane d'un air de dire: "Si ta mère n'était pas là, je te l'aurait cassé tout de suite".
Puis il se leva et s'en alla à son tour.
Yann ne répondit rien, il le regarda en murmurant:
-Je te l'avait bien dit que tu ne payait rien pour attendre...
Le soir venu, aprés dîner, les enfants présents le midi se réunirent autour de Geoffroy et Yann. Seule Alice n'était pas là. Elle avait prétexté un mal de tête et avait demandé à la reine la permission de se retirer dans sa chambre.
Pendant que les courtisans formaient de petits groupes pour discuter, jouer aux cartes ou aux échecs, Yann pris la parole.
-On va y aller petit à petit, si on part tous ensemble, les grands vont se demander où nous allons comme cela.
-D'accord, dit Geoffroy, j'y vais en premier avec Thibault pour seller Panache.
-C'est cela, fit Yann, on vous rejoint.
La cloche de l'église du village se fit entendre et Yann ajouta:
-Il est neuf heures, dans une demi-heure tout le monde devra être devant les écuries.
Les enfants se dipersèrent en s'efforçant de ne pas avoir l'air de conspirateurs. Geoffroy et Thibault sortirent de la grande salle comme si de rien n'était. En se dirigeant vers la sortie, Thibault prit une torche au passage. Il était mal à l'aise et ne cessait de jeter des coups d'oeil à Geoffroy.
-Ca va? lui demanda-t-il une fois dans la cour d'ordonnance.
-Mouais, mentit Geoffroy.
Il avait la gorge séche et sentait que son dos et son front était couverts de sueur, mais il était déterminé. Il se disait que Panache se montrerait docile avec un enfant, avec lui qui était l'ami d'Enguerrand...L'ami d'Enguerrand, il y pensa tout à coup. Que dirait le chevalier s'il savait? Il s'était promis, ce fameux jour, de faire des efforts pour mériter son amitié et le voilà ce soir en route pour lui voler son cheval...enfin, il ne le volait pas vraiment, il l'empruntait seulement...mais il devait donner une bonne leçon à Yann qui l'avait provoqué. Oui, c'était la faute de Yann tout ça, pas la sienne!...Alors, pourquoi sentait-il que ce qu'il faisait était mal?
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CHAPITER 2: PANACHE.
EPISODE 9.
En pensant à tout cela, il se retrouva devant les écuries sans s'en être rendu compte. Un instant, il avait espéré que des soldats ou des palefreniers seraient là pour lui interdire de prendre Panache, mais il n'y avait personne. Ils devaient manger sans doute ou étaient en patrouille ou sur le chemin de ronde pour surveiller les environs. "Si j'était le roi, se dit Geoffroy, j'ordonnerais aux gardes de surveiller aussi l'interieur des cours!"
Il regarda Thibault sans rien dire et tous les deux entrèrent dans les écuries. Ils avançèrent dans l'allée centrale qui était immense. Au moins cent chevaux y étaient repartis de part et d'autre dans des stalles. Deux cents autres s'alignaient le long des allées parallèles. En entendant du bruit et en voyant la lueur de la torche, certains d'entre eux se mirent à piaffer, d'autres sortirent la tête de leur stalle en se demandant s'il était déjà l'heure du petit déjeuner. Il y avait des chevaux pie, des baies, des noirs, des alezans, des gris et des blancs. Il était évidemment inutile de prendre un cheval blanc et de le faire passer pour Panache, même dans la pénombre les autres s'en apercevraient. Ils passèrent devant la stalle de Carreau le poney dales de Yann et devant celle de Copain, le palomino de Geoffroy: un poney à la robe isabelle avec la crinière et la queue blanches, qui fut trés vexé que son maître lui passe devant avec un simple: "Salut Copain!". Il en hénnit de dépit.
-Où est Panache? demanda Thibault.
-Vers le fond, sur la gauche.
Aprés avoir passé les stalles des palefrois, les chevaux des soldats, et les haquenées réservées aux dames, ils arrivèrent devant celles des destriers, les chevaux des chevaliers. Panache ne dormait pas et parut surpris d'avoir des visiteurs. Il sembla reconnaître Geoffroy, car il posa sa grosse tête sur son épaule. Le prince lui caressa le chanfrain et sortant de sa poche des marceaux de sucres qu'il avait apportés exprés. Il lui en donna en murmurant.
-Bonsoir, Panache, c'est moi Geoffroy tu te rapelles? Tu es un brave cheval, cela te plairait de venir faire un tour?
Panache secoua la tête de bas en haut, mais c'était peut-être à cause du sucre qu'il savourait. Geoffroy prit le harnais et la selle du cheval qui étaient accrochés à l'exterieur de la stalle. Thibault se saisit du tapis de selle et tous deux entrèrent dans la stalle.
A leur grande surprise, Panache les laissa faire, il se laissa gentillement seller. Même quand Geoffroy lui lit son mors, il ne broncha pas. En fait, il avait l'habitude que ce soit un des palefrenier qui le prépare pour Enguerrand.
Thibault ouvrit en grand la porte de la stalle et Geoffroy tira Panche par les rênes. Le destrier suivit tranquillement les garçons hors des écuries. Quelques enfants étaient déjà présents dans la cour. Il furent impressionnés de voir que Geoffroy avait pu seller Panache aussi facilement. Le prince sentit son courage monter de plusieurs crans.
Les autres enfants arrivèrent, puis Yann. Il était neuf heures trente. le jeune comte avait l'air aussi surpris que les autres, mais il s'efforça de ne pas le montrer.
-Tu vois, lui dit Geoffroy, c'est facile pour moi, aucun problème!
-Il faut monter dessus, à moins que ton ambition soit de devenir palefrenier, ricana Yann.
Certains enfants, les amis de Yann, auraient eux aussi voulu ricaner, mais n'oubliant pas qui était Geoffroy, ils se contentèrent de sourire, puis, tout le monde se tut.
Yann s'inquièta; et si Geoffroy y arrivait? S'il montait sur Panache sans problème comme il disait? Ce lèche-botte de Beauregard était bien capable d'avoir habitué son cheval à son chouchou de petit prince!
Geoffroy mena Panache prés de marchepied en pierre que les dames utilisaient pour s'aider à s'asseoire sur leur monture. Tout se passait bien. Il grimpa sur le marchepied pour atteindre l'étrier gauche, Panache était un cheval immense aux yeux d'un garçon de douze ans. Le prince mit son pied gauche dans l'étrier et ses mains sur les bords de la selle. Le destrier blanc se tint tranquille.
-Bien, murmura Geoffroy en tremblant, à trois je m'assois sur ton dos, d'accord Panache?
Il prit une prfonde respiration.
-Un...deueueux...trois...
Il enfourcha le cheval, tout le monde retint son souffle et puis...rien. Pendant quelques secondes, Panache ne réagit pas, comme s'il ne sentait pas le poids de Geoffroy sur lui. Les enfants étaient ébahis et Geoffroy était le plus étonné. Il commença à sourire quand tout à coup, Panache se cabra et il se mit à galoper sans que le prince ne puisse rien faire d'autre que se cramponner de toutes ses forces à son encolure.
-NOOOOON!!! hurla-t-il. CAAAAALLLMMMEEEE PANACHE CAAALLLMMMMEEEE !!! AAAAAAAHHHH!!!
Panache avait rué et Geoffroy fut catapulté. Il s'envola sur dix toises et atterrit sur une botte de paille à l'interieur des écuries, comme si Panache sachant qu'il était un enfant, avait choisi précisément ce tas de fourrage pour amortir sa chute. Il le regarda ensuite d'un air de dire: "Pour qui me prends-tu? Ne sais-tu pas qui je suis? Que cela te serve de leçon!", puis il tourna les sabots et partit en trottant dans la cour.
Les enfants s'écartèrent pour le laisser passer et se précipitèrent vers Geoffroy. Quand ils virent qu'il n'avait rien, ils éclatèrent tous de rire, c'était bien sûr Yann qui riait le plus fort.
-Alors grand chevalier?! lança-t-il, tu aurais plus ta place dans un cirque, dans un numéro de bascule par exemple!
-QUE CE PASS-T-IL ICI? cria une voix d'adulte derrière lui.
Tout le monde se tut. Yann se retourna lentement et se retrouva face au roi en personne.
-M...mo...mon oncle...balbutia-t-il en manquand de tomber à la renverse.
Le roi n'était pas seul, les parents des autres enfants l'accompagaient, dont la princesse Diane. Ils étaient venus voir ce que fabriquait leur progéniture. En voyant son fils étalé dans la paille, Eric se pencha vers lui, il commençait à comprendre. Il vérifia que Geoffroy n'était pas blessé et dit:
-Que s'est-il passé Geoffroy? J'ai vu Panache sellé dans la cour...ne me dis pas que tu as essayé de le monter. Réponds!
-J'ai cru qu'il serait gentil avec moi! gémit le prince honteux et humilié. Je...je te demande pardon.
-IDIOT!!! cria le roi, ce cheval aurait pu te tuer!
Yann n'en menait pas large. Il avait peur que Geoffroy dise à son père que c'était lui qui l'avait provoqué. Il alla se cacher derrière sa mère en espérant qu'on l'oublie. Geoffroy ne dit rien, il n'était pas du genre à rapporter, et pui, il savait que son père n'apprécierait pas que son fils n'ait pas assez de caractère pour résister à une provocation aussi stupide que dangereuse.
Le chevalier Enguerrand apparut à son tour. Aprés avoir récupéré Panache, il passa devant tout le monde le visage fermé. Il décocha un regard à Yann qui signifiait: "J'ai tout compris!". Yann baissa les yeux.
Enguerrand entra dans les écuries en tenant son detrier par les rênes. Il s'arrêta devant le roi et Geoffroy. Il regarda le prince d'un air déçu. Le garçon ne put soutenir ce regard et comme Yann, il baissa les yeux.
-Sire, dit Enguerrand, veuillez excuser Panache, bien sûr il ne sav...
Le roi l'interrompit.
-N'ayez crainte, chevalier, Panache n'est point responsable des bêtises de mon fils. C'est Geoffroy que je punirai, pas votre cheval.
Enguerrand fut soulagé, pendant un moment, il avait eu peur que le roi s'en prenne à Panache.
-En ce qui conserne des excuses, poursuivit Eric, c'est plutôt le prince qui vous en doit.
Il regarda Geoffroy d'un air de dire: "Eh bien, j'attends."
-Pardon chevalier Enguerrand, dit Geoffroy d'un ton triste et vraiment sincère, mais le chevalier était trop en colère pour l'excuser aussi facilement. Il ne dépondit rien et se dirgea vers la stalle de Panache sans plus un regard vers lui. Les personnes présentes n'en revenaient pas. Quelle audace! C'était comme si le chevalier avait refusé un ordre du roi!
-Geoffroy, dit Eric en faisant semblant d'ignorer l'attitude de son capitaine d'ordonnance, je t'interdis de faire du cheval pendant un mois. De plus, tu viendras tous les soirs pendant une semaine nettoyer les écuries et soigner les chevaux avec les pelefreniers, j'ai dit...Et soit heureux que ta mère soit allée tenir compagnie à Alice, si elle avait été là, elle t'aurait sûrement défendu de remonter sur un cheval jusqu'à tes quatorze ans.
Sur ce, le roi tourna les talons et partit vers le donjon suivi des courtisans.
Geoffroy resté seul avec Enguerrand, s'avança vers la stalle de Panache au moment ôù le chevalier en sortait avec sa selle dans les bras.
-Chevali...commença Geoffroy.
-Non, l'interrompit Enguerrand. Pas ce soir!
Il raccrocha la selle à son emplacement et sortit des écuries. Geoffroy le regarda s'éloigner, il sentit des picotements dans ses yeux.
Fin du second chapitre.
Francheterre 1331 Mortus Lentus. ABM Editions. ISBN: 978-2-35152-090-1.
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